Cette semaine, je suis allée à l’association Pikler Lóczy – France à Paris pour suivre la première session de la formation « L’importance des paroles adressées à l’enfant dans la construction de l’image de soi ».

Emmi Pikler était pédiatre en Hongrie. Lors de sa formation à Vienne, elle fut marquée par deux évènements :

  • En s’y prenant de manière adaptée, il était possible d’ausculter un bébé sans qu’il pleure.
  • Les enfants des quartiers populaires avaient des traumatismes physiques moins graves que les enfants élevés dans des familles aisées. Elle en déduisit qu’un enfant « livré à lui-même » se connaissait mieux qu’un enfant « surveillé » qui lui, se mettra plus facilement en danger.

Elle revient à Budapest et s’installe comme pédiatre de famille. Elle se rend dans les familles pour prendre soin des enfants. Son souhait est de les considérer dans leur globalité, c’est à dire les regarder vivre au sein de leur famille et observer leur quotidien. Elle se rend compte qu’il n’est pas nécessaire de mettre les enfants assis pour qu’ils s’assoient, qu’il n’est pas nécessaire de les faire marcher pour qu’ils marchent.

C’est à partir de ses observations qu’elle bâtit sa pédagogie de « libre motricité ». Elle suggère que l’enfant soit installé à plat dos, entouré d’objets très simples afin de lui permettre de se mouvoir librement et de développer sa créativité. La libre motricité permet à l’enfant de se connaitre dans son corps et d’être détendu. Il se sent compétent dans ce qu’il fait, a donc confiance en ses capacités, et donc en lui.

Elle prend ensuite la direction d’une pouponnière rue Lóczy à Budapest où elle met en place sa pédagogie basée sur deux piliers : la libre motricité et la rencontre profonde entre un adulte et un enfant, notamment, pendant les soins corporels. Cet équilibre permet à l’enfant de se construire en confiance.

Les temps de soins (repas, change,...) sont autant d’occasion de créer un lien privilégié entre l’adulte et l’enfant.

Bébé est un être de communication et de relation. Dès la naissance, bébé est prédisposé pour communiquer, sa vue est ajustée à la bonne distance pour dévisager ses parents, il entend mieux la fréquence de la voix humaine et il est réceptif à la parole quand elle lui est adressée. Bien avant de parler, bébé va entendre, assimiler la musicalité des mots. Même s’il n’a pas une pleine compréhension verbale, il est très sensible à la communication non verbale. Il convient donc, pour qu’un lien de confiance se crée entre l’enfant et l’adulte, d’être cohérent dans les paroles données. Il a besoin qu’on lui parle mais il a également besoin qu’on lui sourit, de sentir la présence de l’adulte, de ressentir la chaleur des bras.

En effet, si la parole permet ce lien social, elle ne suffit pas à elle seule. Il convient surtout d’être en présence avec l’enfant. Bébé se croit le centre du monde, si l’adulte est fâché, bébé pense que c’est de sa faute, si l’adulte est détendu, bébé pense que c’est grâce à lui. Si l’adulte n’est pas en présence, l’enfant n’existe plus. La parole est chargée d’affect et passe par différents canaux sensoriels (le ton, le rythme, le volume, la musique, la posture, la gestuelle…). Il est important que l’adulte soit touché par les signaux de bébé parce que lorsqu’il crie pour exprimer ses besoins c’est pour lui d’une extrême nécessité et si l’adulte ne répond pas au signal, c’est là un véritable drame. La réponse par l’adulte aux signaux va également inciter bébé à entrer en communication parce que l’adulte a donné une valeur à sa communication. A l’inverse, en l’absence de réponse de l’adulte, bébé va continuer de pleurer tant que son besoin n’a pas été satisfait ou… préférera de ne plus rien dire parce que ça ne sert à rien puisque l’adulte ne comprend pas.

Il ne s’agit pas non plus de le noyer sous un flot de paroles. L’idée est qu’il y ait un véritable dialogue, une coopération entre l’adulte et l’enfant. Par exemple, au moment du repas, l’adulte demande à bébé s’il veut bien bouger sa main de manière à ce qu’il puisse lui donner le biberon. C’est assez bluffant de voir le petit enfant d’à peine 1 mois bouger sa main.

Le langage est une construction personnelle et individuelle. C’est un processus lent qui peut être difficile et frustrant. Le fait que l’adulte cherche à comprendre et à entrer en communication, permet de soutenir l’enfant dans ce long processus. Même si elle n’est pas aboutie techniquement, l’adulte lui envoie que sa parole a de la valeur et que donc, l’enfant a de la valeur.